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Sayed Ismaïl Sayed est né à Sagoulta, un village du gouvernorat de Sohag en Haute Égypte. Il est connu aujourd’hui sous le nom de Sayed Chenchify, qui n’est autre que le nom du village où il vit, Naga Chenchify. Avant cela, on le surnommait Sayed Soughayer (le petit) car il a commencé a chanter très jeune. Son surnom actuel lui a été attribué lorsqu’il a réalisé sa première cassette, lors de la préparation de la couverture, on a pensé que le nom de son village aurait un impact plus grand au niveau de la distribution, et c'est ainsi qu'il est devenu Sayed Chenchify.

 

Sayed vit toujours dans le même village où vivait également son frère aîné qui l’a élevé. Ce dernier était un adepte du zikr et des confréries soufies, il organisait des soirées chez lui et invitait chaque soir les frères de la confrérie. Ils veillaient en lisant et chantant le hezb de Sidi Ibrahim al-Desuky. Jeune, Sayed assistait à ces soirées, son frère avait l'habitude de répéter nahg al-burda. Sayed l’imitait et petit à petit, il se mit à aimer l’inchâd. « J’avais appris quelques morceaux de nahg al-burda et j'avais commencé à les chanter quand je jouais avec mes camarades, j’avais 12 ans. Nous imitions les grands ! Eux, se mettaient au milieu et dansaient le zikr et moi je chantais. »

 

 

Il n’y avait pas de musicien dans la famille de Sayed, mais lui a appris à aimer l’inchâd grâce aux soirées organisées par son frère. Dans les années 70, chaque fois que le grand Maître de l’inchâd d'Akhmim, Cheikh Omar al-Salman, connu aussi sous le nom de Omar Mabahess, venait chanter dans une nuit de zikr organisée dans le village, les gens demandaient à Sayed de chanter en attendant qu'il arrive car sa voix était déjà appréciée.

 

« Pendant la guerre de 73, notre village a perdu beaucoup de jeunes et les parents organisaient une nuit de zikr à la mémoire de leur fils disparu. Notre village comptait tant de morts qu’il n’y avait pas assez de munched pour animer ces nuits et c’est à ce moment-là, qu’on m’a demandé de chanter, c'était le début de ma carrière. « Les gens disaient : Appelez Sayed, c’est mieux que rien, au moins il tiendra un peu sur scène. J’ai donc commencé à fréquenter les mûled et les autres munched m’ont repéré et me demandaient de les remplacer quand ils se reposaient.»

 

Sayed a commencé à chanter pour rendre servir aux autres munched, mais très vite, sa voix a conquis le public qui le sollicitait de plus en plus et il a commencé à prendre davantage de place, voire à dépasser les anciens munched. « Mon grand frère, le grand adepte des soirées où j'avais appris à aimer le zikr, refusait que je m'engage sur cette voie et ma famille était contre, ils se sentaient déshonorés. Dès que quelqu’un se présentait à la maison pour me demander de participer à une nuit de zikr, mon frère répondait systématiquement que j'étais absent, que j’étais à l’école ou encore que je faisais mes devoirs, tout était prétexte au refus. En fait, ma famille n’admettait pas l’utilisation d’instruments de musique avec les chants religieux, pour elle, c’était incompatible, inconcevable même et ce surnom d’Abu Tabla (qui possède un tambour) qu’on me donnait alors, les gênait fortement.»

 

Après maints efforts et beaucoup de persévérance, Sayed a réussi à convaincre son frère en lui promettant qu’il n’abandonnerait pas ses études. Il a pu continuer à chanter et aujourd’hui, Sayed, qui a su mener les deux, est professeur d’arabe dans son village et continue de chanter dans les nuits de zikr. Il a tenu sa promesse.

 

La musique n'est pas son métier mais une fidèle compagne, depuis de longues années, qu’il honore par ses rendez-vous, presque quotidiens pour faire vibrer les âmes de sa voix enchanteresse. « J’ai beaucoup appris des musiciens, je demandais des conseils au violoniste, au joueur de nây et même à l’accordéoniste, car à l’époque, il y avait des accordéonistes dans le groupe des musiciens de zikr, ce sont eux qui m’ont enseigné les maqâm parce que je voulais toujours savoir quel maqâm ils jouaient et avec le temps, j’ai appris à les distinguer. »

 

Sayed connait bien les maqâm et sait les chanter mais il ne lit pas les notes. « J’ai appris toutes les musiques de zikr ainsi que d’autres morceaux traditionnels et populaires, je peux les reproduire avec ma voix et mes paroles, mais je suis incapable de les jouer avec un instrument, à chacun son métier et le mien est de chanter. C'est cheikh Omar al-Salman,, qui m’a guidé sur ce chemin, il m’a fait connaître d’autres munched qu’il m’avait conseillé d’écouter attentivement afin d’apprendre d’eux également. C’est vrai que ses conseils m’ont servi car j’ai beaucoup appris en écoutant ces différents cheikh, en les imitant aussi pour construire mon univers et me distinguer par ma manière de chanter. Cheikh Omar al-Salman reste mon père spirituel, mon guide, il m’aimait comme un fils et disait souvent qu’il voyait en moi sa continuité. »

 

Sayed a connu son maître lors d'une nuit de zikr, quand le maître se reposait, Sayed chantait, et ce rituel a créé un vrai lien de maître à disciple. Sur les conseils de cheikh Omar al-Salman, Sayed écoutait également de la musique arabe classique, notamment Oum Kalsoum, Abd al-Wahab et Abd al-Halim Hafez.

 

Sayed a évolué avec son temps et aujourd’hui, il écoute parfois des chansons étrangères occidentales, surtout depuis qu’il sait qu’il existe des maqâm en anglais ! Cheikh Omar al-Salman a su éveiller en lui la curiosité et l’ouverture vers l’extérieur et Sayed a gardé ce désir d’apprendre encore et toujours et de découvrir le monde pour continuer de faire évoluer sa voix et son chant.

 

« Tous mes enfants, confie-t-il, ont essayé à un moment donné de chanter et de m’imiter, mais je les ai dissuadés d’en faire une carrière car c’est un métier éprouvant et qui exige une endurance qui devient fragile avec l’âge, ce sont beaucoup de nuits blanches, beaucoup de routes à traverser, beaucoup de voyages… Je me rappelle d’une nuit où je devais aller chanter dans un village à côté pour 2 LE et demi. Celui qui avait organisé la nuit, m’avait déjà donné la demi livre. Sur la route, un homme m’a arrêté et m’a demandé si j’étais bien le frère d’Abu Ouf, « Tu es celui qui chante pour le prophète et Ahl al-Beit ! », j’ai dit oui et il m’a demandé si je me rendais dans son village pour chanter. J’ai dit oui. « Tu n’as pas de chance, petit, m’a-t-il dit, ce soir, le grand Maître, cheikh Chebety sera là aussi et personne ne viendra t’écouter. Il faut savoir que ce cheikh était un grand du zikr, c’était le maître de cheikh Omar al-Salman. C’est exactement ce qui s’est passé, je suis donc allé voir l’organisateur pour lui rendre la demi livre qu’il m’avait donnée et lui dire que je préférais aller écouter cheikh Chebety. Non seulement l’homme n’a pas voulu reprendre son argent, mais il m’a donné mon dû et m’a proposé d’aller écouter le cheikh ensemble. Quand on est arrivé, j’ai découvert cheikh Chebety qui était connu aussi parce qu’il chantait sans musiciens ou plutôt, dirigeait sa musique lui-même. Il était aveugle et avait un bâton et une sabha (chapelet). Avec sa sabha, il tapait sur son bâton et le son qui en sortait était plus beau que celui d’un violon ou d’un cûd. C’était un moment magique que je n’oublierai jamais. »

 

Il arrive a Sayed d'accepter de chanter pour des gens pauvres qui souhaitent faire une nuit pour honorer Dieu. Il le fait gratuitement, seuls les musiciens sont payés. « Je le fais volontiers dit-il, ce que je ne gagne pas cette nuit-là, plutôt ce que j’offre généreusement, m’est rendu la nuit suivante. »

 

Avant de chanter, Sayed ne prend rien de spécial, ni cigarette ni boisson, et il s’isole toujours pour s’entraîner, pour « chauffer sa voix » comme il dit. Parfois aussi, il fait sa prière à voix haute pour se préparer à chanter ensuite. Sayed est connu dans toute l’Égypte, il a beaucoup voyagé et a séjourné en France où il a su charmer le public.

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